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Collaborations

 

L’ASPAM collabore régulièrement avec la section neuchâteloise de Patrimoine suisse. Afin d’illustrer cette collaboration nous mentionnerons deux dossiers, celui de Cure 3 et 5 à La Chaux-de-Fonds et celui d’Envers 18, 20 et 22 au Locle, qui se sont soldés tous les deux par une issue positive.

Cure 3 et 5 à La Chaux-de-Fonds

Ces deux maisons mitoyennes font partie du cœur de la ville ancienne, à proximité immédiate du Grand Temple. Leur architecture typiquement régionale est à la fois sobre et élégante. Si elles ne sont pas datées, on les trouve représentées sur plusieurs gravures de La Chaux-de-Fonds après l’incendie de 1794. On peut donc situer leur construction au tout début du XIXe siècle, avant celle de Cure 7 et 9 qui figurent sur des gravures plus récentesDias .

Dans les années 80, ces deux immeubles sont pratiquement vides, sans être encore à l’abandon, comme plusieurs immeubles de la vieille ville à la même époque. Il en va de même de Ronde 4 et 4bis, l’ancienne Boucherie sociale accolée au nord et datée de 1874.Dias

En 1986, l’Etat de Neuchâtel fait l’acquisition de l’ensemble de ces bâtiments. Il envisage de les démolir pour construire un nouvel immeuble devant abriter une maison d’éducation au travail (MET), alors qu’à l’origine il n’avait été question que d’une transformation-rénovation. Le projet propose une façade en escalier constituée d’éléments préfabriqués et un toit dont la pente est modifiée, sans tenir compte de l’aspect architectural historique du quartier.

Dès que l’ASPAM et la section neuchâteloise de Patrimoine suisse ont connaissance de ce projet, ils unissent leur force pour s’y opposer vigoureusement. En effet, le cœur de la ville ancienne risque d’être définitivement défiguré par un nouveau bâtiment dont l’implantation et l’architecture n’ont rien à voir avec le caractère de cet ancien quartier. On ne comprend pas comment l’Etat, qui devrait pourtant montrer l’exemple, cautionne un tel projet qui ne respecte ni l’ISOS (Inventaire des sites construits à protéger en Suisse) admis par le canton, ni le Règlement de la ville ancienne qu’il a pourtant sanctionné. De plus, le Service d’urbanisme communal n’a eu vent du projet que tardivement et de façon confidentielle, une raison de plus pour réagir

En janvier 1987 nous descendons au Château pour défendre notre point de vue devant la Commission financière du Grand Conseil et c’est à nous qu’il incombe de présenter la maquette du bâtiment projeté que nous n’avions jamais vue précédemment ! Incroyable mais vrai ! Plusieurs membres de ladite commission sont sensibles à notre argumentation, même si nous avons entendu toutes les platitudes et les clichés d’usage concernant « le progrès que l’on n’arrête pas » et la nécessité « de ne pas tout garder ».

En février de la même année nous proposons au Conseil communal une visite guidée des deux immeubles. Il répond favorablement à notre invitation et participe in corpore à la visite qui ne manque pas d’impressionner plusieurs de ses membres. Cela nous encourage à poursuivre notre action.

Dans une lettre du 21 avril1987, la direction des Travaux publics informe les services de l’Etat que le Conseil communal refuse le projet, «  tout en restant ouvert à toutes propositions respectant les règlements en vigueur ». Par ailleurs, la commission d’urbanisme a elle aussi donné un préavis négatif unanime.

Ainsi, la construction d’un nouveau bâtiment, qui aurait irrévocablement défiguré le quartier par une architecture inadéquate - ni d’accompagnement, ni de rupture -, était définitivement enterrée. Dès lors, il a fallu chercher une solution consistant à maintenir la MET à cet endroit en l’intégrant aux immeubles existants.

Il faudra encore de nombreuses et longues tractations pour aboutir à une solution satisfaisante.

Les deux maisons mitoyennes de même que les locaux de l’ancienne Boucherie sociale seront finalement démolis. Cure 3 et 5 seront reconstruits sans en modifier l’implantation (comme le prévoyait le premier projet) et en respectant scrupuleusement le volume, la toiture, les ouvertures et l’aspect général de l’ancien bâtiment. Les tailles des portes et fenêtres ainsi que les chaînes d’angles, soigneusement mises de côté lors de la démolition, seront remontées dans la nouvelle construction Dias . L’intérieur du bâtiment sera entièrement neuf et adapté à la nouvelle affectation. La partie située en contrebas du côté de la rue de la Ronde sera réalisée dans une architecture d’accompagnement adaptée à l’ensemble.

Dès lors, la reconstruction s’effectue dans de bonnes conditions grâce au suivi des travaux assuré par le Service d’urbanisme. L’enveloppe du bâtiment est conforme à ce que nous demandions et la MET peut prendre possession des nouveaux locaux dans les années nonante.

En conclusion, l’action conjointe de l’ASPAM et de Patrimoine suisse a permis, avec le soutien du Service d’urbanisme et du Conseil communal, de sauvegarder l’ensemble remarquable de l’enceinte du Grand Temple, cœur de la ville ancienne.

Avec la patine du temps, qui sait encore que les immeubles de Cure 3 et 5 ont été démolis et reconstruits ? Preuve est faite que, dans certaines circonstances, le « faux vieux » s’impose dans la mesure où il est réalisé avec soin en respectant les caractéristiques et l’aspect du bâtiment d’origine.

Envers 18, 20 et 22 au Locle

L’ASPAM et la section neuchâteloise de Patrimoine suisse sont également intervenus au Locle, à plusieurs reprises, pour tenter d’empêcher une succession de démolitions qui allaient gravement porter atteinte au centre de la localité, déjà partiellement vidée de sa substance par la démolition, entre autres, de la rangée d’immeubles de la rue Bournot.

La démolition de l’Hôtel des Trois-Rois et la construction d’un nouvel hôtel style Allemagne de l’est à l’architecture et aux teintes affligeantes, n’ont pas pu être enrayées, de même que la pose, pour coiffer le tout, d’une sculpture censée représenter le « dieu des eaux » !

Dans le même contexte nous sommes par contre parvenus, avec la collaboration des Monuments et Sites, à imposer la reconstruction de l’immeuble Temple 23, qui menaçait de s’effondrer, en respectant son volume et l’aspect de sa toiture. Malheureusement le beau perron situé du côté sud a été supprimé et la façade ouest - initialement en pierre de taille - a été revêtue de pierre artificielle ainsi que les entourages de portes et de fenêtres et ceci en dépit de nos vigoureuses interventions. Quant au toit, prévu mansardé pour gagner de la place, nous avons obtenu qu’il soit reconstruit en maintenant son aspect d’origine en demi croupe, malgré l’adjonction de deux rangées de lucarnes. Ainsi, la silhouette de Temple 23, situé en tête de massif, a pu être préservée, même si dans le détail cette reconstruction ne répond pas à nos attentes.

Nous avons également tenté - sans succès - d’empêcher la démolition pure et simple de « La Violette » cette élégante ferme urbaine, dont nous n’avons pu récupérer que les tailles.

Le dossier Envers 18, 20 et 22 Dias a heureusement connu une issue plus favorable. Ces trois immeubles bordant la rue de l’Envers du côté nord, appartenaient à la ville du Locle, le 18 et le 22 étaient inoccupés depuis un certain temps. La commune n’était pas disposée à les rénover, elle envisageait même leur démolition.

Nous sommes intervenus pour empêcher que la plaie béante de la Place Bournot ne s’agrandisse encore un peu, en insistant sur la qualité architecturale de ces trois maisons et sur la nécessité de les restaurer afin d’éviter de défigurer la rue de l’Envers, une des belles rues de la Mère commune.

Suite à diverse tractations et à notre insistance, la caisse de pensions de l’Etat est devenue propriétaire de ces trois immeubles - que la ville du Locle lui a vendu pour un prix symbolique - et elle a accepté non sans réticences de les rénover. Il faut souligner le rôle positif joué par une institution d’état pour sauvegarder un patrimoine sérieusement menacé.

Les travaux entrepris ont permis de rafraîchir l’enveloppe extérieure et d’aménager les appartements selon les exigences du confort moderne. De plus, du côté nord, une zone de verdure a été aménagée, ce qui met en évidence la discrète élégance de ces trois maisons du milieu du XIXe siècle, à la sauvegarde desquelles nous sommes fiers d’avoir contribué.

Cure

Cure 3 et 5

Envers

Envers 18, 20, 22